Fatigué

Rédigé par jdrien - -

Fatigué

Je suis fatigué Paris, fatigué de pleurer une bonne connaissance au Bataclan, fatigué de m’efforcer à garder la tête haute, à cacher ma peine aux enfants, fatigué d’essayer de faire « comme ci » alors que plus rien ne sera pareil, fatigué des polémiques nécessaires mais qui ne feront hélas revenir personne, fatigué d’entendre la marseillaise à tout bout de chant alors que nous n’avons pas entonné l’hymne libanais une semaine plus tôt pourtant victime d’un attentat sanglant, fatigué de ces profils Facebook colorés en bleu blanc rouge pour se donner bonne conscience, fatigué du tout sécuritaire qui n’a pourtant pas permis d’éviter ce que nous connaissons aujourd’hui, fatigué des frappes que nous menons en Syrie qui ne font qu’ajouter de la guerre à la guerre et dont les premières victimes sont les civils, fatigué des donneurs de leçons alors que notre pays est l’un des plus gros vendeurs d’armements dans le monde, notamment dans les régions que nous combattons, fatigué d’entendre dans le débat public systématiquement l’avis des religions dont je me contre-fous, fatigué d’entendre les politiques mettre entre parenthèses leur campagne pour les régionales alors qu’ils n’ont jamais été autant en campagne, fatigué d’entendre Manuel Valls parler d’ennemis intérieurs, fatigué de savoir que le FN n’a plus qu’à se baisser pour ramasser, fatigué de l’état d’urgence qui se meut en mode de vie permanent, fatigué des chaines d’infos ou plutôt des infos à la chaine, anxiogènes, qui ne font qu’alimenter les haines.

Et puis tant qu’on y est, j’en profite, je suis aussi fatigué des jours fériés qui tombent les weekend, et des deux changements d’heures dans l’année.

Thierry, Paris


[ Fatigué, lettre lue par Thierry Paret sur Radio Nova le 19/11/2015. Lettre de Thierry Paret, publiée le 19/11/2015 sur lettreaparis.com ]

 

Magnifique initiative de Radio Nova que de lire à l'antenne les textes qui ont été partagés sur le site lettreaparis.com suite aux attentats de Paris. Tenter de mettre des mots sur nos émotions, pour les intégrer. Que faire d'autre, sinon s'obliger à la catharsis ?

Clair Obscur

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La porte claqua tandis que les larmes couvraient les derniers mots. Lloyd éteignit la lumière et regardant par la fenêtre, il découvrit une obscurité que les néons faisaient clignoter.

À cause de la nuit, Trilogie Lloyd Hopkins, James Ellroy - 1984 ]

Collier des Médicis

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Suffoqué, Jack resta un instant sans pouvoir parler. Le sang bourdonnait à ses oreilles. Al se prenait vraiment pour un prince Médicis du vingtième siècle, parlant à un de ses protégés : «Si tu peins nos verrues, on te jettera aux chiens. Ce n'est pas pour voir des horreurs qu'on t'a engagé. Naturellement, nous resterons amis..., nous sommes entre gens de bonne compagnie, n'est-ce pas ? Nous avons partagé le pain, le sel et la bouteille. Nous nous abstiendrons de faire allusion au collier de chien que je t'ai passé au cou, et je prendrai bien soin de toi. Tout ce que je te demande en échange, c'est ton âme. Peu de chose, tu en conviendras. Nous pouvons même feindre d'ignorer que tu me l'as donnée, comme nous feignons d'ignorer le collier de chien. Souviens-toi, mon ami, les rues de Rome sont pleines de mendiants qui auraient pu devenir des Michel-Ange...»

[ The shining, Stephen King - 1977 ]

Sagesse du pro

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Quant à vot' paroi coulissante, j'vais vous dire. On sent l'homme qu'a eu des principes. P't'ête trop. Comme j'dis toujours, l'bon amateur, il travaille aussi bien qu'le pro. La différence, c'est qu'il va moins vite et qu'il respecte trop les règles. J'vais vous dire, Purcell, reprit-il d'un ton confidentiel et en se penchant vers lui, comme s'il allait résumer d'un mot le secret du métier, le fin du fin, c'est de violer une de ces damnées règles, et que ce soit aussi bien que si on l'avait pas violée.

[ Mac Leod s'adressant à Purcell, in L'Île de Robert Merle, 1962 ]
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