R.I.P Cavanna

Rédigé par jdrien - - aucun commentaire


[ Photographie de Arnaud Baumann publiée dans le hors-série « Cavanna raconte Cavanna » (11/08), via http://charlieenchaine.free.fr/ ]

François Cavanna, dit «Cavanna», mort mercredi soir à l'âge de 90 ans, a dynamité le conformisme et le bon goût dans la France des années 1960-80 avec les magazines Hara Kiri et Charlie Hebdo, avant de s'imposer comme un écrivain populaire, sensible et truculent.

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Maçon comme son père, il est raflé en 1943 et expédié à Berlin pour le Service du travail obligatoire (STO). Il en gardera une aversion de la guerre, l'armée, l'autorité, dont il fera ses cibles préférées. Avec les curés, les sportifs, les chasseurs, les cons ou la corrida. De retour en France après deux ans et demi de camp, il rencontre Liliane, une rescapée de Ravensbrück, qu'il épouse. Mais la jeune femme, «mal ressuscitée» de ses années de déportation, meurt quelques mois plus tard.

Seul et désespéré, il abandonne les petits boulots pour se lancer dans le dessin de presse. Un métier qu'il exerce pendant 12 ans. Avec un joli coup de crayon, influencé par Dubout et les comics américains.

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A plus de 85 ans, Cavanna, éternelles moustaches toujours plus blanches, tenait toujours une chronique dans Charlie Hebdo. Un peu déçu par l'évolution du dessin de presse, trop voué disait-il à la politique: «On se contente de peu. Hara Kiri, c'était à l'occasion politique, mais dans le cadre plus large de l'humour de société.» Pas de regret pourtant, pour le petit «rital» de Nogent : «On s'est bien amusé. On bossait comme des malades, mais on se marrait comme des fous».

L'écrivain, qui souffrait de la maladie de Parkinson, s'était confié sur sa pathologie en 2011. De la maladie, qu'il appelait «Miss Parkinson» et qui avait fait l'objet d'un livre paru chez Gallimard en 2011, Lune de miel, il disait : «Il faut s'occuper, sans quoi on pense. Il ne faut pas penser. Je m'occupe, je me suis juré de reconquérir une écriture lisible. Je crois vous l'avoir dit, miss Parkinson ne se contente pas de saloper l'écrit, elle le rend minuscule, à la limite du visible… Ce fut une dure, une longue bataille… Si vous pouviez voir le gribouillis que barbouille mon stylo, en ce moment même ! Mais je lutterai, j'ai besoin de parler ou je meurs. Ma parole, c'est l'écriture. A la main. Tant que je pourrai écrire une ligne, je serai présent parmi les vivants. Elle ne m'aura pas.»

[ Libération, Cavanna, Hara Kipleure le 30 janvier 2014 ]
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