Charlie Hebdo et le racisme tarte à la crème

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Il y a quarante ans, conspuer, exécrer, conchier même les religions était un parcours obligé. Qui entendait critiquer la marche du monde ne pouvait manquer de mettre en cause les si grands pouvoirs des principaux clergés. Mais à suivre certains, il est vrai de plus en plus nombreux, il faudrait aujourd'hui se taire.

Passe encore que Charlie consacre tant de ses dessins de couverture aux papistes. Mais la religion musulmane, drapeau imposé à d'innombrables peuples de la planète, jusqu'en Indonésie, devrait, elle, être épargnée. Pourquoi diable ? Quel est le rapport, autre qu'idéologique, essentialiste au fond, entre le fait d'être arabe par exemple et l'appartenance à l'islam ?

Nous refusons de nous cacher derrière notre petit doigt, et nous continuerons, bien sûr. Même si c'est moins facile qu'en 1970, nous continuerons à rire des curés, des rabbins et des imams, que cela plaise ou non. Nous sommes minoritaires ? Peut-être, mais fiers de nos traditions en tout cas. Et que ceux qui prétendent et prétendront demain que Charlie est raciste aient au moins le courage de le dire à voix haute, et sous leur nom. Nous saurons quoi leur répondre.

[ Non, "Charlie Hebdo" n’est pas raciste !, tribune publiée le 20 novembre 2013, lemonde.fr par Charb et Fabrice Nicolino ]
Bref : ça va toujours mieux en le disant : continuez Charlie Hebdo, sortez vos tripes et n'ayez pas peur des intégristes, des religieux, des intolérants. Le pseudo racisme est devenu l'argument tarte à la crème de toute une partie de la population. Assumez votre position et continuez !

Mixité restrictive, indignation relative

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Grosse émotion (tout est relatif) relayée par Slate.fr :
A 12 ans, Maddy Paige fait partie depuis un an de l'équipe de football américain de son école privée de l’État de Géorgie. Enfin, faisait partie, puisque l'école de Strong Rock Christian a décidé qu'elle ne pourrait plus jouer à la rentrée scolaire.

Sa mère, Cassy Blythe, expliquait fin juin à l'Atlanta-Journal Constitution être sous le choc, puisqu'elle n'avait reçu jusque-là que des encouragements des coachs pour sa fille. Les explications de l'école pour cette décision sont confuses. Officiellement, l'école s'est contentée d'écrire dans un communiqué à une chaîne locale que leur «politique officielle est que les collégiennes [notre équivalent de la middle school américaine, NDLR] jouent à des sports de filles, et que les collégiens jouent à des sports de garçons». Une explication qui semble étrange, vu que Maddy jouait au foot en 6th grade, première année de la middle school.

Mais d'après Cassy Blythe, le directeur de l'école lui en a dit davantage sur les raisons d'une telle logique:
        «Il s'inquiétait
            que les garçons puissent avoir des pensées impures
            que les discussions de vestiaire seraient trop dures pour elle
            que les garçons et les filles ne devraient être en compétition dans aucun sport
            qu'il y a d'autres sports auxquels elle peut jouer
            qu'en tant qu'école privée, ils pouvaient faire ce qu'ils voulaient
            qu'il avait prié sur le sujet et que c'était la bonne chose à faire.
        Il a aussi cité la Bible en disant que les hommes et les femmes sont créés comme des égaux mais différents, et qu'ils ne devraient donc pas être autorisés à faire les mêmes sports.»

Une explication jugée «ridicule» par Cassy Blythe, entre autres parce que Maddy avait de toute façon son propre vestiaire, et parce que «ce n'est pas la faute de Maddy si les garçons ne peuvent pas contrôler leurs pensées ou leurs envies. Ils doivent apprendre à contrôler ce qui se passe chez eux, tout comme Maddy».

Elle estime que «si une fille remplit les mêmes conditions que les garçons, elle devrait avoir le droit de jouer». La famille a lancé une page Facebook intitulée «Let her play», «laissez-la jouer», qui en est à plus de 40.000 likes.

    [ Cécile Dehesdin  - Maddy, 12 ans, exclue de son équipe de foot pour éviter les «pensées impures» aux garçons, publié sur slate.fr le 02 juillet 2013 ]
L'indignation est normale : pourquoi empêcher une jeune fille de jouer aux mêmes sports que les garçons de son âge ? Pourquoi les garçons et les filles ne pourraient-ils pas jouer ensemble aux mêmes jeux ? La question est légitime, surtout avec les arguments pourris sortis par le personnel de l'école privée. Enfin, j'ai surtout l'impression que l'on aime beaucoup en France s'indigner de ce qui se passe aux États-Unis, surtout quand il y a un relent de pudibonderie et d'une certaine idée de la place de la religion dans la société.

Donc ni une, ni deux, je me suis demandé ce qu'il en était avec le sport national français, le football.
Article - 155 Mixité
1. Les joueuses U6 F à U15 F peuvent évoluer dans les compétitions masculines :
- de leur catégorie d’âge,
- de catégorie d'âge immédiatement inférieure à la leur mais uniquement dans les compétitions de Ligue et de District.
2. Par ailleurs les équipes féminines U15F peuvent participer à des épreuves régionales ou départementales masculines U13 dans les conditions de l’article 136.3 des présents règlements.

[ Fédération Française de Football, Règlements Généraux de la FFF ]

Donc, même chose en France finalement : à partir d'un certain âge les filles seront empêchées de jouer dans une équipe mixte, avec ou contre des garçons. Il faudra bien séparer tout cela. La mixité n'appartient qu'au monde innocent de l'enfance... J'aime beaucoup la notion de mixité dans les règlements de la FFF : il s'agit en fait d'autoriser les filles à jouer avec les garçons (ou contre, peu importe). Il ne s'agit de faire jouer les filles et les garçons, non : on accorde un peu de place aux filles dans un monde de garçon. C'est une vision très minimaliste de la mixité : l'incursion des filles chez les garçons, et non pas le mélange. Encore une fois, cet article dans les règlements généraux n'est pas là pour ouvrir la mixité mais pour la réduire. Une fille qui apprécie le football devra, à l'adolescence soit se trouver une équipe féminine accueillante, soit trouver un dérivatif (par exemple l'arbitrage... pour les amateurs j'imagine).

On pourra toujours arguer qu'il s'agit d'un problème de force physique etc. Bien sûr, tout ça c'est pour les protéger. Comme si les filles avaient besoin de protection par rapport aux garçons (je pense juste que les filles, et les garçons ont simplement besoin d'éducation au vivre ensemble). En aucun cas il ne s'agit d'exclure les filles, d'éviter de pseudo-problèmes dans les vestiaires etc.

Conclusion : les filles ont autant le droit que les garçons de devenir des bourrins amateurs de foot. Et ce sera très bien comme ça !

Réciproque

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Je ne suis pas quelqu'un d'intolérant. Et je n'ai rien contre les gens qui ont des croyances. J'ai de nombreux amis qui croient en une puissance métaphysique supérieure qui régirait notre planète. Ces choses ne me dérangent pas, je suis plutôt quelqu'un d'ouvert.

Bref, je ne suis pas cathophobe.

J'ai plein d'amis catholiques, je m'entends bien avec eux, et, en public, ils ne montrent pas trop leur différence ce qui satisfait tout le monde. Et d'ailleurs, leurs évocations ne me gênent pas trop, du moment que ce n'est pas vulgaire. Je ne garantis pas que j'arriverais à réprimer un haut le cœur s'ils en venaient à prier en public, ou ce genre de choses, mais tant que ça reste discret je ne suis pas gêné le moins du monde.

Je suis contre le mariage catholique.

Loin de moi toute cathophobie, donc, mais le mariage et l'adoption pour les couples catholiques, je dis non !

Je dis non, dans l'intérêt des enfants. Trouvez-vous normal que des enfants soient élevés dans un environnement qui a déjà connu de multiples affaires de pédophilie ? Le risque n'est pas nul, bien au contraire ! Et puis, les enfants de couples catholiques ont plus tendance que les autres à devenir catholiques eux-mêmes ! Il est également établi que de nombreux couples catholiques emmènent leurs nombreux enfants (souvent 6 ou 7, pour les allocs ?) à des réunions du lobby catholique le dimanche matin, où ils sont embrigadés et obligés d'écouter des chants bizarres, les empêchant de faire leurs devoirs scolaires, produisant sans doute de l'échec scolaire, le tout devant des hommes aux mœurs contre-nature (quel animal fait vœu de célibat, hein ?). Personne ne le nie !

Les couples catholiques ont le droit de s'aimer, mais ils ne devraient pas pouvoir adopter

Pourtant, l'interdiction du mariage entre couples de même religion catholique n'est pas discriminatoire : rien n'empêche ces gens de se marier avec des non catholiques. Ce n'est donc pas une question de droits, ou de liberté, comme l'assène le lobby catholique, omniprésent dans les médias. Élever des enfants nécessite un cadre qui doit être optimal, or, je suis désolé, mais un couple catholique n'est pas un cadre idéal.

Je serai donc de la prochaine Manip pour tous, et j'encourage chacun à y aller. Dans un élan de fraternité, d'union, car c'est la civilisation telle que nous la connaissons qui est en jeu.

Sans cathophobie.

[ Je suis contre le mariage pour tous, publié le 17 juin 2013 ]

Si on applique au catholicisme le même raisonnement qui a été appliqué (parlons au passé, en espérant que les errements des personnes de la Manip Pour Tous sont derrières nous) lors du débat sur le mariage pour tous on arrive très vite à ça, ce qui passera pour inacceptable pour beaucoup. Retour à l'envoyeur des arguments pourris.

Et maintenant on fait quoi ?

François, occupe toi de ton culte

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François, si tu veux bien, occupe toi de ton culte et laisse nos parlementaires tranquilles :
Votre tâche est certes technique et juridique, consistant à proposer des lois, à les amender ou même à les abroger. Il vous est aussi nécessaire de leur insuffler un supplément, un esprit, une âme dirais-je, qui ne reflète pas uniquement les modes et les idées du moment, mais qui leur apporte l'indispensable qualité qui élève et anoblit la personne humaine. Je vous formule donc mes encouragements les plus chaleureux pour continuer dans votre noble mission, cherchant toujours le bien de la personne en promouvant la fraternité dans votre beau pays.

 [ Discours du Pape François s'adressant aux parlementaires Français le 15 juin 2013 ]
Et si les parlementaires français du groupe Amitié France-Saint-Siège peuvent nous dire ce qu'ils attendent de ces rencontres...

PS : d'accord le titre est loin d'être fin, mais chacun sa place. Je ne suis pas humoriste, et François n'est pas un parlementaire français...

Lâcheté et coup de poignard dans le dos

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Les Femen, un féminisme de type néocolonial

Groupe féministe basé en Ukraine, une république ex-soviétique, les Femen se sont fait connaître depuis quelques années par des actions provocatrices de grande ampleur et une stratégie systématique de confrontation.

L'une de leurs pratiques emblématiques consiste à manifester seins nus afin d'affirmer que leur corps n'est pas un instrument au service d'une société patriarcale, mais qu'il leur appartient. Le corps des femmes étant instrumentalisé en permanence par les hommes et les médias, leurs manifestations sont une façon de se réapproprier le corps féminin comme symbole de résistance contre la société patriarcale. Se dénuder est donc un moyen par lequel les femmes peuvent "récupérer leur corps" dans le combat d'ensemble contre un système patriarcal.

Certains milieux féministes approuvent cette logique, mais je n'entends pas discuter ici des tactiques féministes. Je veux montrer que la volonté des Femen d'universaliser leur type de féminisme confère un caractère néocolonial à leur militantisme et à leur organisation. La question de l'universalisation du féminisme n'est pas nouvelle. La première vague féministe en Europe et aux Etats-Unis a été confrontée au même problème : les femmes fondaient leur féminisme sur leur propre expérience et entendaient le faire adopter par les femmes du monde entier, lesquelles vivaient pourtant des expériences totalement différentes.

Elles ignoraient également le fait que leur propre existence affectait celle des femmes vivant dans d'autres pays et sur d'autres continents. Beaucoup de féministes de la première heure, par exemple, étaient incapables de voir comment l'impérialisme et le colonialisme de leurs gouvernements ruinaient la vie des femmes vivant dans d'autres parties du monde. En fait, de nombreuses féministes occidentales prirent une part active au processus colonial en voulant "civiliser" et "moderniser" les femmes des pays arabes et africains. Pour elles, le féminisme signifiait que ces femmes arabes et africaines devaient devenir comme elles.

LE CONCEPT D'INTERSECTIONNALITÉ

Ce type de féminisme a suscité en contrecoup une réaction, principalement de la part de féministes postcoloniales issues des pays en voie de décolonisation, de féministes afro-américaines et latino-américaines aux Etats-Unis, et de certaines féministes européennes et américaines de la deuxième vague. Ces femmes affirmèrent que le féminisme était une affaire complexe qui devait représenter les vies et les points de vue divers des femmes du monde entier.

Elles introduisirent également le concept d'intersectionnalité : l'idée selon laquelle les femmes ne se définissent pas seulement par le genre, mais aussi par des identités telles que la race, la nationalité, la sexualité, etc. Ce qui signifiait que le féminisme devait prendre en compte la multiplicité des identités et la façon dont elles interagissent.

Quoique apparues après ce mouvement de réaction, les Femen semblent renouer avec les tendances de la première vague du féminisme. Une grande partie de leurs interventions ont pour objectif les femmes musulmanes qu'elles entendent "libérer" et "sauver" des hommes musulmans, de la culture musulmane et de l'islam en général. Lors d'une de leurs manifestations au pied de la tour Eiffel, elles sont apparues en burqa, puis se sont déshabillées afin d'attirer l'attention sur le fait que la burqa est un symbole d'oppression.

Une autre fois, elles ont décidé de traverser seins nus un quartier urbain français majoritairement musulman afin de convaincre les femmes musulmanes de renoncer à leur voile. Il est évident qu'aux yeux des Femen, la libération a une signification très précise : elle consiste à se libérer de la religion, de la culture et des codes vestimentaires oppressifs. Selon ce point de vue, plus vous êtes habillée, plus vous êtes opprimée. Ce n'est que dans ce contexte que le fait de se dénuder peut être considéré comme un processus émancipateur. Or ce genre de logique lie la libération des femmes à leur corps et à la façon dont elles s'habillent, ce qui est extrêmement problématique. Qui décide que tel ou tel vêtement féminin est oppressif ou non ?

Tout aussi problématique est l'idée selon laquelle toutes les femmes qui portent le voile ou la burqa sont opprimées et doivent être libérées. Ces convictions trahissent une certaine conception eurocentriste du monde qui ne peut être généralisée au niveau universel.

Mon point de vue en tant que féministe est que les femmes doivent avoir le choix. Ce choix dépend essentiellement de l'environnement socioculturel, économique et politique dans lequel elles vivent, et ne peut en aucun cas être dicté de l'extérieur. Les récentes interventions des Femen en Tunisie montrent à quel point elles sont déconnectées de la réalité des contextes proche-oriental et nord-africain. Au lieu de favoriser la prise de conscience des problèmes de genre, elles suscitent l'hostilité d'une société qui ne les voit que comme des étrangères cherchant à imposer leur conception des femmes, dans le droit-fil du processus colonial d'autrefois.

Le Proche-Orient et l'Afrique du Nord ont vu naître un large éventail de mouvements, de projets et d'actions féministes ou consacrés aux questions de genre. Si l'objectif des Femen est d'agir en solidarité avec les femmes du monde entier, alors elles devraient commencer par prendre contact avec ces groupes autochtones et leur demander de quelle façon elles peuvent apporter leur aide. Les politiques de solidarité dans un monde postcolonial marqué par le déséquilibre des pouvoirs sont des processus difficiles, mais elles ne conduiront nulle part si des groupes comme les Femen continuent à vouloir imposer leur point de vue et à affirmer que "leur" féminisme est le "bon" féminisme.

Les femmes noires se battent depuis longtemps pour faire admettre que le féminisme ne peut les aider que s'il se diversifie et ne s'inspire pas uniquement de l'expérience des femmes blanches euro-américaines hétérosexuelles de la classe moyenne. Il est regrettable que la couverture médiatique dont bénéficient les Femen contrecarre les avancées réalisées en ce domaine.

En outre, le climat mondial actuel dans lequel les musulmans sont déjà considérés comme posant problème aggrave considérablement la situation. Toutefois, les critiques qui ont été formulées contre les Femen constituent un signe positif, d'autant qu'elles ont été formulées aussi bien par des féministes euro-américaines que par des féministes des pays du Sud.

Le point central de beaucoup de ces critiques est que les féministes doivent veiller à ne pas tracer de nouvelles lignes d'exclusion. Elles doivent aussi accepter le fait que le féminisme ne l'emportera que s'il accueille une pluralité de voix.

Traduit de l'anglais par Gilles Berton

[ Sara Salem (Doctorante à l'Institut des sciences sociales des Pays-Bas), publié le 11 juin 2013 sur lemonde.fr ]

Sara Salem va vite en besogne et a la mémoire très sélective. Le vocabulaire utilisé est ahurisant : réussir à parler de race tout en indiquant que les Femens ne sont que des avatars du colonialisme, c'est une assez belle performance.

Je suis vraiment désolé pour Sara Salem : oui les droits humains sont universels. Ces droits ne sont pas solubles dans les dictatures, ne sont pas différents selon les pays, les croyances, le sexe ou que sais-je. Et pourquoi pas la couleur des yeux, la taille des pieds ou les allergies aux fraises. C'est juste incroyable.

Sara Salem se trompe sur toute la ligne. Complètement. Non les Femen ne ciblent pas que les musulmans (mensonge par omission, c'est pas bien Sara). Nous les avons vu se faire agresser par les fachos lors des immondes manifestations pour tous, nous les avons vu à Notre Dame parodiant le suicide d'un autre facho etc. Ce qui prouve l'universalité de leur combat, non ? Elles tapent là où ça fait mal.

Je trouve ahurissantes les réactions que les Femen provoquent, juste en montrant leur poitrine.

Ces femmes se battent pour le droit, pour la liberté, contre l'aliénation, contre l'arbitraire. Elles se mettent en danger, on les met en prison, on les bat, on leur demande de se taire. Pourquoi ? Pour deux seins montrés ?

Incroyable. Ces personnes qui se battent pour leurs idéaux doivent être défendues et non pas être poignardée dans le dos. Surtout le jour où on apprend la condamnation de trois militantes des Femen en Tunisie . Nous avons toujours, toujours, besoin des militants. Les idées doivent être défendues. Les droits doivent revendiqués. Les droits de l'Homme, les droits des femmes, la liberté et notamment la liberté d'expression n'ont pas besoin de coups bas comme ceux-là.

Sara Salem, je n'ai qu'une chose à vous dire. Votre lâcheté est au moins aussi importante que le courage de ces femmes. Et c'est peu de le dire.

Allaitement citoyen

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La première fois que je l'ai fait, j'avais 25 ans et c'était avec une fille. Ce fut un moment de plaisir mêlé d'angoisse, comme l'aboutissement d'un moment de ma vie et le début d'un autre, inconnu et plein de promesses. J'avais peur de na pas savoir m'y prendre, d'avoir mal. Mais ce fut à la fois charnel, sensuel et fusionnel, tout en étant pragmatique et vital.

C'était le début d'une grande aventure, car ensuite je l'ai fait partout et tout le temps ! Je l'ai fait couchée, assise, debout. Je l'ai fait le jour et la nuit. Bien sûr, je l'ai fait au lit, mais aussi sur le canapé, sur une chaise...

Le plus souvent, je l'ai fait chez moi, mais parfois je l'ai aussi fait chez ma mère, chez ma sœur, chez mon frère et même chez des amis. Il m'est arrivé de le faire dans le cabinet de mon dentiste ou au restaurant. Je dois l'avouer, je l'ai aussi fait dans la rue ou dans la voiture, le train et même dans l'avion. Je l'ai fait en vacances à Rome et à Paris, sur une plage de Normandie et dans les champs de l'Aveyron.

Pourquoi louper la moitié de la fête ?

Oui, j'ai allaité ma fille dans tous ces endroits. Car quand elle a faim, ma réponse est de lui donner le sein. Certaines de mes amies dégainent bien leur biberon. Alors, moi, je dégrafe mon corsage pour donner la gougoutte à ma fille. Mais à l'inverse de la chanson de Brassens, tous les gars du village ne sont pas là !

Parce qu'allaiter en public n'est ni sexuel ni obscène, et vraiment pas exhibitionniste. Parce qu'allaiter en public n'est pas un « attentat à la pudeur » – terme juridique qui n'existe plus depuis 1994.

Parce que mon sein vaut autant que celui de Madonna ou de Lady Gaga, et n'allez pas me dire qu'on en voit moins chez elles que chez moi ! Parce qu'allaiter est sain et naturel, il faut pouvoir le faire partout et tout le temps.

Non, on ne peut pas demander aux mères de se cacher – pourquoi devraient-elles transmettre à leur enfant que manger est quelque chose de tabou ? Ni de cacher leur enfant sous un châle – avez-vous déjà vu une vache ou une chatte se cacher sous un drap pour allaiter ? Ni de s'isoler dans un coin – pourquoi devrions-nous louper la moitié de la conversation ou de la fête ?

Je ne cacherai pas ce sein...

Je me souviens de mon amie Laëtitia, dont le beau-frère ne voulait pas qu'elle allaite en sa présence. Je me souviens de mon amie Justine, qui n'a pas voulu allaiter parce que c'est compliqué, surtout à l'extérieur.

Je me souviens de cette maman qui a été expulsée d'un magasin. Je me souviens de cette maman qui, après avoir essuyé des remarques désagréables, a peu à peu arrêté d'allaiter son enfant.

Alors oui, il faut défendre l'allaitement comme un choix et un droit pour chaque enfant et chaque mère face à la pression sociale du qu'en-dira-t-on, du glamour, des préjugés ou encore de la pudeur mal placée ! Ce n'est pas aux enfants de changer leur comportement sain, naturel et millénaire, c'est à la société de changer son regard, et non, je ne cacherai pas ce sein que vous ne sauriez voir.

Et plus vous en verrez, plus vous trouverez cela normal ; alors...

Aux armes citoyennes !

Sortez vos beaux nichons !

Allaitons, allaitons,

Qu'un lait bien bon,

Abreuve not' belle nation !


[ Aux armes citoyennes, sortez vos beaux nichons, et allaitons !, tribune de Gabrielle Girot publiée le 11 juin 2013 sur rue89.com ]
Cette tribune fait suite aux éléments relatés sur le site http://editionsduhetre.fr. En effet, le vendredi 03 juin 2013 une cliente d'un magasin Celio de Montpellier qui allaitait sa fille s'est vue intimer l'ordre de se cacher dans une cabine ou de sortir de la boutique :
Mais quelques secondes plus tard survient une personne qui, sans dire bonjour, affirme être la directrice du magasin et déclare : "Madame, ou vous allaitez dans une cabine, ou vous sortez !" Interloquée, la mère demande : "Mais pourquoi ?" Réponse de la directrice : "Parce que cela dérange la clientèle, une dame s'est plainte de ce que son mari regardait vos seins."
Sic.

Ma femme a allaité nos trois enfants (assez longtemps de plus : 11 mois pour l'un, 6 mois pour le second. Toujours en cours pour le troisième).
Quand ma femme donne à boire à notre fils, il ne s'agit que d'un acte tendre, d'amour maternel. Elle a pu nourrir nos enfants dans beaucoup d'endroits différents (comme dit dans l'article : à la maison, chez des amis, en voiture sur une aire d'autoroute, à la plage, dans un champ etc.), sous des regards interrogateurs, parfois amusés ou d'autrefois méprisants.

Certains, certaines pourront y voir une exhibition. Votre pudeur est bien mal placée alors. Je pense même qu'à ce stade, une prise en charge par le corps médical est nécessaire. Faites vous soigner. Laisser nous vivre. Ma femme vous gêne ? Franchement, merde.

Chaque chose est affaire de contexte : il n'y a rien de sexuel dans le fait qu'une mère nourrisse son enfant au sein. Tenez-le vous pour dit. Laissez les gens vivre. Laissez les enfants s'épanouir, les gens s'embrasser. Faites place à la vie, vous qui êtes morts en dedans.

Foutez votre pudibonderie ridicule, à la con, à la poubelle. C'est là qu'elle doit être. Je vous gêne ? Ma femme vous gêne ? Mes opinions vous gênent ? Tant mieux, nous sommes là pour ça.

Héros des démocraties, martyrs des gouvernements

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Espionnage par le gouvernement américain : Edward Snowden, ce héros

Depuis quelques semaines, il vit reclus dans une chambre d’hôtel à Hong Kong. Il a placé des coussins contre la porte de sa chambre pour déjouer toute tentative d’écoute. Quand il se connecte sur son PC, il compose son mot de passe avec une couverture sur la tête, au cas où une caméra le filmerait du plafond.

Il est totalement parano, mais il a des raisons. Edward Snowden, qui vient de confier au Washington Post et au Guardian sa véritable identité, est l’auteur du dévoilement du système Prism, par lequel le gouvernement américain accède aux serveurs des « géants de l’Internet », pour espionner potentiellement tous les utilisateurs de Google, Facebook et autres, ce qui fait au total bien du monde.

Dans quelles conditions précises se déroule cet accès ? Est-ce que les « géants » ont donné une totale carte blanche aux espions, est-ce que les boss étaient au courant ? Autant de points qui devront encore être précisés.

Il est possible que le Washington Post, dans ses habillages, dans ses manchettes, ait un peu forcé la dose, pas forcément mécontent de cogner sur les « géants » qui, pelletée après pelletée, clic après clic, enterrent le journalisme traditionnel. C’est possible. Mais cela ne concerne pas Edward Snowden, 29 ans, qui vient de conquérir sa place dans l’Olympe des « whistleblowers », aux côtés de Julian Assange ou de Bradley Manning.

Naïf et idéaliste

Sa brève autobiographie livrée au Guardian (lecture impérative) est celle, désespérément ordinaire et extraordinaire, d’un jeune Américain idéaliste, qui a eu le tort de croire aux histoires qu’on lui racontait. Il s’engage dans l’armée pour contribuer à libérer le peuple irakien de la dictature de Saddam Hussein. Peu à peu, il découvre les coulisses du renseignement américain.

Ce qui fait la force de son récit, c’est que sa naïveté, son idéalisme, y apparaissent sans fards. En poste à Genève, il voit par exemple la CIA compromettre un banquier suisse, en l’amenant à conduire en état d’ivresse, pour mieux le tenir ensuite, et récolter des renseignements bancaires. Le procédé est vieux comme le renseignement : il s’en dit pourtant choqué.
Il croit qu’Obama va mettre fin aux sales pratiques. Mais Obama ne fait rien. Alors il fait le grand saut, et balance sa pleine pelletée de documents au Washington Post. Après avoir sollicité des fonctionnaires américains, le journal décide prudemment de n’en publier qu’un dixième.

Il a fait ce qu’il pensait devoir faire

C'est dans ces circonstances, comprend-on, que Snowden balance les mêmes documents au Guardian, sans doute présumé plus indépendant du gouvernement US. Il sait les risques qu’il prend. Il sait qu’il risque l’exil à vie à Hong Kong, dans une chambre d’hôtel ni plus ni moins confortable qu’une chambre de l’ambassade d’Equateur à Londres, et finalement à peine plus qu’une cellule de prison militaire américaine.

Ou bien l’extradition aux USA. Ou bien des tentatives de récupération par le gouvernement chinois. Il le sait, et il reste debout. Il ne cherche ni la gloire ni l’argent. Il a fait ce qu’il pensait devoir faire, parce qu’il n’est pas vertueux d’espionner les citoyens.

Il est possible que l’on découvre demain que cette histoire est trop belle. Il est probable que la CIA va tout faire pour souiller cette légende toute neuve, et peut-être auront-ils des éléments pour le faire. En attendant, devant cette histoire telle qu’elle est racontée aujourd’hui, devant ce héros qui nous tombe dessus au réveil, on ne peut dire qu’un mot : chapeau.

[ Espionnage par le gouvernement américain : Edward Snowden, ce héros publié le 10 juin 2013 sur rue89.com par Daniel Schneidermann ]

On ne peut avoir que de l'admiration pour ceux qui luttent pour les idéaux de la démocratie. Ces personnes (Julian Assange, Bradley Manning, Edward Snowden ou encore Aaron Swartz) ont pris la décision de lutter pour leurs idées, de lutter pour la transparence, de lutter pour leurs concitoyens. Il sont devenus pour qui des parias, pour tous des cibles pour les gouvernements de leurs pays.

Martyr : Personne à qui on a infligé des supplices et/ou la mort pour une cause, un idéal.
[ Définition du CNRTL ]

Le mot martyr s'applique complètement à mes yeux. À quand l'ouverture d'un mémorial virtuel pour les combattants des libertés ?

Soyez sympas, partagez

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- M. Elroy Fletcher ? Le non-respect des droits d'auteur est un délit aux niveaux étatique et fédéral. J'ai apporté de Trenton une injonction et de Washington, un mandat de saisie. Attendu que vous, le défendeur, ne vous êtes pas présenté à l'audience, les studios se concertent pour évaluer les dommages sur... Combien de titres, au juste ?
- Dans les 200.
- Mais qu'est-ce que c'est ? Le registre des locations !
- Quoi ?
- 200 titres, multipliés par combien de visionnages ?
- En moyenne 63 par cassette.
- Multipliés par 250 000, l'amende maximum, et / ou une peine d'emprisonnement allant jusqu'à 5 ans par violation. Ce qui fait au total...
- 3,15 milliards de dollars d'amende à verser aux studios.
- Je vous fais un chèque.
- Et / ou... 63 000 ans de prison. À purger, bien sûr, avant de pouvoir rouvrir le magasin.
- Mais on a fait les films nous-mêmes.
- Vous avez raison. Sauf que vous avez tort. Car ces cassettes appartiennent aux studios.
- Regardez, c'est écrit là : "Avertissement du FBI". Juste avant le film, aussi.
- Mais on l'a effacé.
- Donc...
- Les gens viennent ici car ils veulent voir des films.  Ils se fichent pas mal des superproductions formatées...
- Ce n'est pas notre propos. Toute l'industrie s'écroule...
- Virez-les.
- ... à cause des pirates. Nous comptons y mettre un terme sur-le-champ.
- On a pas de bateau, on n'est pas des pirates. Et on n'a pas de virus.
- Je regrette, monsieur... Moi aussi, j'ai une famille.
- J'ai pas parlé de ça. Quel est le rapport ?
- Quoi qu'il en soit ce document m'autorise à détruire vos cassettes piratées avant ce soir. Et tous les actifs du magasin sont saisis pour dédommager les studios. Essayons d'en finir vite et sans trop d'effusions.

[ Be Kind Rewind (Soyez sympas, rembobinez) - 2008 ]

La culture ne vaut que si elle peut être partagée. Une fois diffusée, elle n'appartient plus à son créateur (et encore moins aux studios, éditeurs ou ayants droits). Dans le cas contraire, elle n'avait pas à sortir de l'esprit de son créateur. Comme n'importe quel concept, comme n'importe quelle idée, la culture doit vivre à travers le partage. Sinon le darwinisme se chargera d'elle et elle disparaîtra.

Attaque de geeks

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Pourquoi les geeks attaquent

Préambule
Suite à la mésaventure arrivée à une société de conception de site web qui a récolté un Effet Streisand après avoir menacé d'une action en justice le site suite à un commentaire qu'elle a jugé diffamant, j'ai trouvé l'analogie entre son expérience et celle d'une personne donnant un coup de pied dans un nid d'abeilles après s'être fait piquée assez amusante (du point de vue de l'observateur, cela va de soit). Des philosophes grecs en passant par La Fontaine et les maîtres Zen, l'observation attentive de la nature s'est souvent montrée riche d'enseignement pour le philosophe en quête de sagesse. J'invite donc mes lecteurs éventuellement tentés par ce type de réaction à méditer sur cette transposition d'un texte publié par Yahoo! expliquant simplement : Pourquoi les abeilles attaquent ?

Le commentaire à l'origine de cette page.
Pourquoi les geeks attaquent ?
Comment éviter une rencontre potentiellement fatale avec un essaim de geeks.

Les geeks sont parmi les créatures les plus travailleuses de l'Internet. Ils travaillent sans arrêt pour leur réputation et leur soif de connaissance de manière à garder leur communauté active. Ils ne s'arrêtent jamais de coder, produisant, administrant et enrichissant de nouveaux services. Alors que la plupart des observations de geeks se passent bien, une mauvaise rencontre avec un groupe énervé de geeks interrompus ou maltraités peut être fatale à sa réputation.

Les geeks se connectent généralement à un portail communautaire. Ils buzzent autour en collectant de l'information de sites proches de leurs intérêts qu'ils ramènent à leur communauté. Mais alors, qu'est ce qui peut amener un essaim de geeks à attaquer ?

Il est important de se rappeler que les geeks ne sont pas là pour attaquer qui que ce soit. Ils sont généralement en train de butiner à droite, à gauche pour collecter de l'information. Cela ne les dérange pas d'être à proximité d'autres créatures de l'Internet du moment qu'elles ne les importunent pas.

Pour éviter une attaque de geeks, on ne devrait jamais blesser ou menacer un geek. La raison pour laquelle un groupe peut riposter est lié au message qu'un geek maltraité postera. Ce message est un signal de détresse émis à destination des autres geeks qui va attirer tout le reste de la communauté et les pousser à se défendre.

Pour cette raison, les corporations qui exploitent les geeks doivent prendre beaucoup de précautions quand elles veulent récolter le fruit du travail des communautés. Si elles blessent accidentellement un geek, elles risquent d'être attaquées par toute la communauté. Aucune protection ne pourra les sauver d'une attaque d'un essaim de milliers de geeks furieux et déterminés à se défendre.

C'est pour cela que les corporations qui exploitent les geeks les enfument. Cela neutralise les émissions de messages éventuellement émis par un geek en détresse et réduit les chances d'attaque de tout le groupe. L'enfumage peut aussi pousser les geeks à se méfier, et les amener à travailler encore plus dans le but de se libérer de l'emprise de ces corporations en préparant leur migration vers un endroit moins enfumé.

La raison la plus fréquente qui se trouve à l'origine d'une attaque de geeks est la menace de leur portail communautaire. En aucun cas, une corporation qui n'a pas une solide expérience dans l'exploitation des geeks ne devrait s'approcher d'un portail communautaire. La communauté au complet peut attaquer à tout moment si elle se sent menacée. Les geeks sont très sensibles à la réputation de leur communauté et tant que celle-ci est présente, ils attaqueront tout ce qui sera susceptible de la menacer.

La règle d'or et le meilleur conseil que l'on peut donner pour éviter une attaque par un essaim de geeks est de ne jamais faire en sorte qu'un geek se sente menacé. Les geeks attaquent car ils sont loyaux entre eux et ils ont un but commun : que leur réputation qui fait la force de leur communauté reste intacte.

Si vous vous trouvez proche d'un geek, passez votre chemin tranquillement sans le déranger. Si vous vous trouvez dans une zone fortement peuplée de geeks, il vaut mieux vous en éloigner. Si jamais une communauté de geeks se forme dans votre corporation, demandez à un gestionnaire de communauté professionnel et compétent de gérer la situation sans les menacer ni les blesser. Les geeks sont un maillon très important de l'écosystème de l'Internet. Ils aident le réseau à se développer et contribuent à son équilibre naturel.

    « Si le geek disparaissait de la surface de l'Internet, l’internaute n’aurait plus que quatre années à vivre » Albert Geekstein.

[Pourquoi les geeks attaquent, publié le 2 juin 2013, sous licence CC by-sa]
Publié sur Linuxfr.org suite à l'affaire Linkeo - Linuxfr.org. Pour plus d'information, voir l'article de Ploum (Mises en demeure, un racket légal), ou le Geektionnerd (Geektionnerd) ou encore pcinpact (Mise en demeure de LinuxFr : un responsable de Linkeo s’explique).

Résumé pour Linkeo :
 - embaucher des sysadmins (merci reflets.info)
 - embaucher des commerciaux, qui vont avoir du taf vu les dégâts de la dernière campagne de pub ;
 - embaucher des développeurs web ;
 - changer de cabinet d'avocats.

Moralité de l'histoire : une bonne réputation ne se gagne pas avec des avocats, mais à la sueur...

Torchon

Rédigé par jdrien - - aucun commentaire
Un parti libéral-libertaire à l'assaut des jeunes

Appelé le Parti Pirate, ce micro-mouvement aux idées libérales-libertaires grappille des voix dans la génération numérique. Leur priorité : pouvoir regarder gratuitement sur Internet tout ce qu'ils veulent.
Plonger dans l'univers des Pirates, c'est un peu comme parler politique avec votre grand filleul que vous n'avez pas vu depuis sa communion solennelle: d'abord vous n'y comprenez rien, puis quand vous comprenez, vous prenez peur.

D'abord parce que ce tout petit parti, qui grappille des voix dans les élections depuis un an, a mis en tête de son programme des sujets dont vous ne soupçonniez pas l'importance jusqu'ici mais qui, de toute évidence, sont l'absolue priorité de toute une génération: en premier lieu, pouvoir écouter et regarder librement (entendez: gratuitement) sur internet tout ce qui leur chante. «Ce que nous souhaitons, c'est légaliser le partage de fichiers entre citoyens tant qu'il est organisé de manière non lucrative», précise Maxime Rouquet, un sympathique ingénieur en informatique de 27 ans, ancien coprésident du mouvement et aujourd'hui, l'un de ses animateurs pour l'Ile-de-France.

    « Ce que nous souhaitons, c'est légaliser le partage de fichiers entre citoyens tant qu'il est organisé de manière non lucrative »
    Maxime Rouquet, coprésident du mouvement

Attention: les Pirates - un nom choisi par provocation en 2005 par le créateur du mouvement, un Suédois, pour montrer à quel point il était, selon lui, ridicule de les traiter comme des criminels - ne sont pas contre les artistes. «On ne vole pas, on copie, on partage», précise Maxime. Ils seraient même leurs meilleurs alliés... Car les Pirates combattent «un oligopole, ce système dans lequel quelques acteurs contrôlent tout le circuit de distribution de la culture» et se servent grassement au passage, au détriment des artistes. «Notre combat s'apparente à celui des radios libres au début des années 80», ajoute le jeune homme.

Sauf que les Pirates ne s'arrêtent pas à la mort - désormais programmée - d'Hadopi. Ils appliquent leur logique libérale-libertaire à toute la société. Ils sont, par exemple, contre les brevets. «Nous pensons que les brevets n'ont plus de raison d'être ; ils étouffent constamment l'innovation et la divulgation de nouveaux savoirs», lit-on dans leur programme. Cela vaut même pour les brevets sur les médicaments qui «constituent une appropriation du vivant» au profit des malades des pays riches. Logiquement, le Parti Pirate est également opposé à toute forme de censure sur internet, comme le blocage administratif de sites diffusant des contenus pédopornographiques. «Notre position est: pas de fermeture de site sans décision de justice», explique Maxime, pour qui il s'agit simplement de «transposer les droits de l'homme au numérique».
«Il est interdit d'interdire», version digitale

Mais le raisonnement des Pirates va plus loin: «La censure n'est pas la réponse», glisse le jeune homme, conscient qu'il avance en terrain miné: «Entendons-nous bien: nous sommes contre la pédopornographie mais nous pensons que plus on met d'interdits sur le net, plus les réseaux sont souterrains, sophistiqués et donc difficiles à démanteler.» Le même raisonnement s'applique naturellement aux sites néonazis, djihadistes, et autres guides en ligne pour apprentis terroristes. Bref, c'est un peu le vieux mot d'ordre soixante-huitard «il est interdit d'interdire» revu et corrigé à la sauce digitale.

Le programme du Parti Pirate est ainsi: une longue liste de «droits fondamentaux» et de revendications que les plus de 20 ans et quelques ne peuvent pas comprendre. Leur priorité? «Le droit à l'anonymat et au pseudonymat.» On trouve également de mystérieuses doléances comme «empêcher la limitation de l'interopérabilité»... Mais les Pirates militent aussi pour «rétablir l'indépendance de la justice», avec la suppression du garde des Sceaux et le «passage obligatoire devant un juge pour le placement en garde à vue». En revanche, on cherchera en vain un mot sur l'économie, le social ou le logement.

Ni de droite, ni de gauche, proche de la mouvance écologiste

En France, le Parti Pirate reste archiconfidentiel. Aux législatives de 2012, il a présenté une centaine de candidats qui ont récolté un peu plus de 30.000 voix. Mais lors de la législative partielle du Val-de-Marne en décembre dernier, son candidat a frôlé les 3 %, trois fois son score de juin 2012. Car ce drôle de mouvement, officiellement ni de droite ni de gauche, mais en réalité proche de la mouvance écologiste, pourrait bien capitaliser sur la défiance croissante des jeunes à l'égard des partis traditionnels. Bien implanté en Europe du Nord (il a des élus au Parlement suédois), il compte deux députés au Parlement européen qui, l'an dernier, ont tout fait pour saborder un traité européen anticontrefaçon.

[ Sophie Roquelle - Le 24/05/2013 à 15:49 - lefigaro.fr ]
Sophie Roquelle est une journaliste (c'est écrit sur le site du Figaro) au journal Le Figaro. Pas legorafi, non, mais Le Figaro. Que les sujets soient orientés, on peut comprendre. Mais tant de bêtises, honnêtement... Il faut être parfois sérieux quand même. Ou bien tenté de travailler un peu (ou faire mine). Ou bien se taire Mme Roquelle.

Je ne résiste pas à publier les sujets que Sophie Roquelle a traité par le passé :
  • Un parti libéral-libertaire à l'assaut des jeunes
  • Grandes villes : les maires soignent leur image
  • Les folies de nos élus locaux
  • Départements : toujours plus de dépenses sociales
  • Régions : des élus très communicants
  • Contribuables, le saviez-vous ?
  • Ile-de-France : luxe, voyages et notes de frais
  • Les gagnants et les perdants du projet de budget pour 2013
  • Les 35 heures coûtent au moins 22 milliards par an
  • Les hausses d’impôts arrivent dès maintenant
  • La gauche vote 7,2 milliards d’impôts en plus
  • Francis Perrin, un père en lutte contre l’autisme
  • Impôts : ce qui nous attend !
  • Impôts : ce que cinq foyers types vont payer
  • La brigade qui traque les super-fraudeurs
  • Mathieu Laine : «Non à l'impôt punition !»
  • 20 pistes pour baisser la dépense publique
  • Ces agences méconnues qui notent la France
  • Retraites : par ici la caisse !
  • Les folles dépenses de nos élus
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