Cours de pr0n à l'usage des politiques

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Dans l'émission Salut les Terriens ! d'Ardisson, un ancien ministre avouait à la France entière qui n'en demandait pas tant qu'il va parfois sur YouPorn, «comme tout le monde».

[...]

Il existe des dizaines de sites bien plus intéressants. On ne demandait pas à Laurent Wauquiez de connaître Futanaria mais au moins de disserter sur des généralistes aux niches multiples comme Xhamster et Xvideos ou des très spécialisés mais connus comme Kink.com. S'il était resté sur la ligne de son ancien gouvernement, il aurait aussi pu défendre un modèle payant respectueux des droits d'auteur ou la tarification des sexcams à la manière de Cam4, mélange de prostitution qui ne dit pas son nom et d'artisanat libertin. S'il l'avait joué à la sauce Montebourg, il aurait été de bon goût de promouvoir Dorcel (même s'il tourne beaucoup en Hongrie). Pour se rapprocher du peuple, défendre Jacquie et Michel, le site préféré des exhibitionnistes et des camionneurs, aurait été une excellente idée. Si à la question, «porno ?», Laurent Wauquiez avait répliqué «Et merci qui ? Jacquie et Michel», on aurait eu beaucoup de respect pour lui. Peut-être même qu'en répondant YouPorn, «comme tout le monde», le député nous prouve que, dans le fond, il n'en regarde pas mais que l'ambiance de l'émission et l'air du temps lui imposent de répondre positivement.

[ Quentin GIRARD, Monsieur Laurent Wauquiez, il y a mieux que YouPorn, publié le 09 décembre 2013 sur liberation.fr ]

Sexualisation rance

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Il y a des pensées vieillies et nocives qui hantent les débats dès qu’il est question de sexualité. Il y a cette conviction qu’il existe des choses naturelles, des évidences essentielles que, jamais, rien ne démentira.

Pour les antimariage pour tous, deux personnes du même sexe ne peuvent élever un enfant.

Pour les machos et les viragos alliés dans le même différentialisme, l’homme a plus de besoins sexuels que la femme, et il est écrit de toute éternité que l’un paiera pour assouvir ses pulsions animales que l’autre accueillera en silence, en rêvant à l’impossible prince attentionné qui protégerait sa sensibilité maternante de belle au bois dormant.

Pour les abolitionnistes, le client de prostitués est un violeur qui s’ignore, la fille publique n’est qu’une esclave dénuée de libre arbitre, l’homme des bois est un prédateur, la femme - courage ne peut être que victime, la Suède, c’est le paradis, la Suisse, c’est mal, la Nouvelle-Zélande, c’est trop loin pour y aller voir.

En résumé, les hommes sont méchants, les femmes sont gentilles.

Et si moi, en tant qu’homme génétique, j’avais envie que ce soit la journée de la gentillesse toutes les semaines ?

Et si l’homme unique qui est en moi voulait être une foule sentimentale à lui tout seul ?

Et si moi, en tant que femme sporadique, j’avais envie d’affirmer ma méchanceté ? Dites-moi, je fais comment ?

[ Luc Le Vaillant, La sentimentalité, autre violence «faite» aux femmes... publié le 25 novembre 2013 sur liberation.fr ]

Charlie Hebdo et le racisme tarte à la crème

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Il y a quarante ans, conspuer, exécrer, conchier même les religions était un parcours obligé. Qui entendait critiquer la marche du monde ne pouvait manquer de mettre en cause les si grands pouvoirs des principaux clergés. Mais à suivre certains, il est vrai de plus en plus nombreux, il faudrait aujourd'hui se taire.

Passe encore que Charlie consacre tant de ses dessins de couverture aux papistes. Mais la religion musulmane, drapeau imposé à d'innombrables peuples de la planète, jusqu'en Indonésie, devrait, elle, être épargnée. Pourquoi diable ? Quel est le rapport, autre qu'idéologique, essentialiste au fond, entre le fait d'être arabe par exemple et l'appartenance à l'islam ?

Nous refusons de nous cacher derrière notre petit doigt, et nous continuerons, bien sûr. Même si c'est moins facile qu'en 1970, nous continuerons à rire des curés, des rabbins et des imams, que cela plaise ou non. Nous sommes minoritaires ? Peut-être, mais fiers de nos traditions en tout cas. Et que ceux qui prétendent et prétendront demain que Charlie est raciste aient au moins le courage de le dire à voix haute, et sous leur nom. Nous saurons quoi leur répondre.

[ Non, "Charlie Hebdo" n’est pas raciste !, tribune publiée le 20 novembre 2013, lemonde.fr par Charb et Fabrice Nicolino ]
Bref : ça va toujours mieux en le disant : continuez Charlie Hebdo, sortez vos tripes et n'ayez pas peur des intégristes, des religieux, des intolérants. Le pseudo racisme est devenu l'argument tarte à la crème de toute une partie de la population. Assumez votre position et continuez !

Tireur fou à Libération, gestion de crise à l'UMP

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Faisant suite à une fusillade dans les locaux du journal Libération le 18 novembre 2013, la leçon en responsabilité de Daniel Glazman à un responsable UMP de Chaville.
Être un n-ième couteau de l'UMP mais avoir des rêves de gloire, se réveiller le matin du 18 novembre 2013 en ne se sentant plus pisser, découvrir qu'un type vient de blesser grièvement par arme à feu quelqu'un au siège du journal Libération, et twitter une ignoble connerie profonde sur un compte mentionnant «Responsable UMP de la ville de Chaville».

Voir dans les secondes qui suivent des réactions évidemment outrées

Commencer à publier des tweets disant que (je cite) le tweet de départ a été mal compris, qu'il a même été détourné !!!

Voir la twittosphère exploser, encore une fois évidemment...

Protéger son compte twitter pour que plus personne sauf les followers ne puissent lire les conneries. Surtout ne pas poster d'excuses. Ne rien reconnaître. Une fois qu'on a la tête dans la merde, on ne doit plus sentir l'odeur.

La gestion de crise, cher Monsieur Julien Nicolai de l'UMP de Chaville, ça commence par éviter de raconter absolument n'importe quelle connerie débile au seul prétexte de vouloir exister politiquement, c'est aussi d'arrêter de croire que l'existence politique ne passe que par la communication. Si vous cherchez un coach en gestion de crise, j'ai une experte internationale à vous recommander. La « responsabilité », cela doit passer par ça aussi, même à l'UMP. À bon lecteur...

[ Daniel Glazman, Gestion de crise par Julien Nicolaï, UMP, publié le 18 novembre 2013 ]
La copie d'écran du rédacteur fou :

twitter liberation julien nicolai

Dernier Chapitre - Les charognards

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Depuis avril, il ne se passe pas un jour sans que des dizaines et des dizaines de clients vous posent sans cesse les mêmes questions... Pourquoi, comment ?

Au début, il y a la sympathie puis la nature humaine reprend le dessus. « Vous allez faire des soldes ? » « Quand-est-ce que vous liquidez ? » Puis arrive le pillage car il n’y a plus d’argent donc, plus de vigile. Les clients s’en donnent à cœur joie, vous toisent du regard, genre « tu sais que je viens de te voler, mais tu ne peux rien faire ».

Alors dès que votre réveil sonne, les crampes au ventre arrivent et ne vous lâchent pas.

[ Fin des librairies Chapitre : disquaire, je serre les dents depuis six mois, publié le 16 novembre 2013 sur rue89.com ]
Le fonds de pension américain Najafi a annoncé la mise en vente de la chaîne de magasins culturels Chapitre. Depuis, les salariés vivent dans l'angoisse du lendemain, tout en sachant que l'histoire se terminera chez Pôle Emploi. Des fournisseurs se détournent (Hachette a décidé ne plus livrer les magasins Chapitre), les clients se transforment en charognards (sans attendre que le cadavre soit refroidi). Triste société.

Réciproque

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Je ne suis pas quelqu'un d'intolérant. Et je n'ai rien contre les gens qui ont des croyances. J'ai de nombreux amis qui croient en une puissance métaphysique supérieure qui régirait notre planète. Ces choses ne me dérangent pas, je suis plutôt quelqu'un d'ouvert.

Bref, je ne suis pas cathophobe.

J'ai plein d'amis catholiques, je m'entends bien avec eux, et, en public, ils ne montrent pas trop leur différence ce qui satisfait tout le monde. Et d'ailleurs, leurs évocations ne me gênent pas trop, du moment que ce n'est pas vulgaire. Je ne garantis pas que j'arriverais à réprimer un haut le cœur s'ils en venaient à prier en public, ou ce genre de choses, mais tant que ça reste discret je ne suis pas gêné le moins du monde.

Je suis contre le mariage catholique.

Loin de moi toute cathophobie, donc, mais le mariage et l'adoption pour les couples catholiques, je dis non !

Je dis non, dans l'intérêt des enfants. Trouvez-vous normal que des enfants soient élevés dans un environnement qui a déjà connu de multiples affaires de pédophilie ? Le risque n'est pas nul, bien au contraire ! Et puis, les enfants de couples catholiques ont plus tendance que les autres à devenir catholiques eux-mêmes ! Il est également établi que de nombreux couples catholiques emmènent leurs nombreux enfants (souvent 6 ou 7, pour les allocs ?) à des réunions du lobby catholique le dimanche matin, où ils sont embrigadés et obligés d'écouter des chants bizarres, les empêchant de faire leurs devoirs scolaires, produisant sans doute de l'échec scolaire, le tout devant des hommes aux mœurs contre-nature (quel animal fait vœu de célibat, hein ?). Personne ne le nie !

Les couples catholiques ont le droit de s'aimer, mais ils ne devraient pas pouvoir adopter

Pourtant, l'interdiction du mariage entre couples de même religion catholique n'est pas discriminatoire : rien n'empêche ces gens de se marier avec des non catholiques. Ce n'est donc pas une question de droits, ou de liberté, comme l'assène le lobby catholique, omniprésent dans les médias. Élever des enfants nécessite un cadre qui doit être optimal, or, je suis désolé, mais un couple catholique n'est pas un cadre idéal.

Je serai donc de la prochaine Manip pour tous, et j'encourage chacun à y aller. Dans un élan de fraternité, d'union, car c'est la civilisation telle que nous la connaissons qui est en jeu.

Sans cathophobie.

[ Je suis contre le mariage pour tous, publié le 17 juin 2013 ]

Si on applique au catholicisme le même raisonnement qui a été appliqué (parlons au passé, en espérant que les errements des personnes de la Manip Pour Tous sont derrières nous) lors du débat sur le mariage pour tous on arrive très vite à ça, ce qui passera pour inacceptable pour beaucoup. Retour à l'envoyeur des arguments pourris.

Et maintenant on fait quoi ?

Jean Marais et les francs-maçons

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inconnu du lac : affrontements entre pro et anti à saint-cloud - photographie AFP/Kenzo Tribouillard

[ "L'Inconnu du lac" : affrontements entre pro et anti à Saint-Cloud, photographie AFP/Kenzo Tribouillard, publiée le 16 juin 2013 sur www.leparisien.fr ]

Les slogans sont priceless :
 - A quand la légalisation de la polygamie, de l'inceste, de la zoophilie ? (qu'est-ce que ça à voir avec la choucroute ?) ;
 - Adoption, PMA, GPA, c'est non ! (tout dans le même sac ?). Slogan d'une fillette d'une dizaine d'années... Si ce n'est pas de la manipulation ça...
 - Jean Marais ne revendiquait pas ! (toujours par une fillette...) ;
 - Homos la franc-maçonnerie se sert de vous pour faire ses lois ! (le plus WTF de la bande).

Soupirs...

François, occupe toi de ton culte

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François, si tu veux bien, occupe toi de ton culte et laisse nos parlementaires tranquilles :
Votre tâche est certes technique et juridique, consistant à proposer des lois, à les amender ou même à les abroger. Il vous est aussi nécessaire de leur insuffler un supplément, un esprit, une âme dirais-je, qui ne reflète pas uniquement les modes et les idées du moment, mais qui leur apporte l'indispensable qualité qui élève et anoblit la personne humaine. Je vous formule donc mes encouragements les plus chaleureux pour continuer dans votre noble mission, cherchant toujours le bien de la personne en promouvant la fraternité dans votre beau pays.

 [ Discours du Pape François s'adressant aux parlementaires Français le 15 juin 2013 ]
Et si les parlementaires français du groupe Amitié France-Saint-Siège peuvent nous dire ce qu'ils attendent de ces rencontres...

PS : d'accord le titre est loin d'être fin, mais chacun sa place. Je ne suis pas humoriste, et François n'est pas un parlementaire français...

Lâcheté et coup de poignard dans le dos

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Les Femen, un féminisme de type néocolonial

Groupe féministe basé en Ukraine, une république ex-soviétique, les Femen se sont fait connaître depuis quelques années par des actions provocatrices de grande ampleur et une stratégie systématique de confrontation.

L'une de leurs pratiques emblématiques consiste à manifester seins nus afin d'affirmer que leur corps n'est pas un instrument au service d'une société patriarcale, mais qu'il leur appartient. Le corps des femmes étant instrumentalisé en permanence par les hommes et les médias, leurs manifestations sont une façon de se réapproprier le corps féminin comme symbole de résistance contre la société patriarcale. Se dénuder est donc un moyen par lequel les femmes peuvent "récupérer leur corps" dans le combat d'ensemble contre un système patriarcal.

Certains milieux féministes approuvent cette logique, mais je n'entends pas discuter ici des tactiques féministes. Je veux montrer que la volonté des Femen d'universaliser leur type de féminisme confère un caractère néocolonial à leur militantisme et à leur organisation. La question de l'universalisation du féminisme n'est pas nouvelle. La première vague féministe en Europe et aux Etats-Unis a été confrontée au même problème : les femmes fondaient leur féminisme sur leur propre expérience et entendaient le faire adopter par les femmes du monde entier, lesquelles vivaient pourtant des expériences totalement différentes.

Elles ignoraient également le fait que leur propre existence affectait celle des femmes vivant dans d'autres pays et sur d'autres continents. Beaucoup de féministes de la première heure, par exemple, étaient incapables de voir comment l'impérialisme et le colonialisme de leurs gouvernements ruinaient la vie des femmes vivant dans d'autres parties du monde. En fait, de nombreuses féministes occidentales prirent une part active au processus colonial en voulant "civiliser" et "moderniser" les femmes des pays arabes et africains. Pour elles, le féminisme signifiait que ces femmes arabes et africaines devaient devenir comme elles.

LE CONCEPT D'INTERSECTIONNALITÉ

Ce type de féminisme a suscité en contrecoup une réaction, principalement de la part de féministes postcoloniales issues des pays en voie de décolonisation, de féministes afro-américaines et latino-américaines aux Etats-Unis, et de certaines féministes européennes et américaines de la deuxième vague. Ces femmes affirmèrent que le féminisme était une affaire complexe qui devait représenter les vies et les points de vue divers des femmes du monde entier.

Elles introduisirent également le concept d'intersectionnalité : l'idée selon laquelle les femmes ne se définissent pas seulement par le genre, mais aussi par des identités telles que la race, la nationalité, la sexualité, etc. Ce qui signifiait que le féminisme devait prendre en compte la multiplicité des identités et la façon dont elles interagissent.

Quoique apparues après ce mouvement de réaction, les Femen semblent renouer avec les tendances de la première vague du féminisme. Une grande partie de leurs interventions ont pour objectif les femmes musulmanes qu'elles entendent "libérer" et "sauver" des hommes musulmans, de la culture musulmane et de l'islam en général. Lors d'une de leurs manifestations au pied de la tour Eiffel, elles sont apparues en burqa, puis se sont déshabillées afin d'attirer l'attention sur le fait que la burqa est un symbole d'oppression.

Une autre fois, elles ont décidé de traverser seins nus un quartier urbain français majoritairement musulman afin de convaincre les femmes musulmanes de renoncer à leur voile. Il est évident qu'aux yeux des Femen, la libération a une signification très précise : elle consiste à se libérer de la religion, de la culture et des codes vestimentaires oppressifs. Selon ce point de vue, plus vous êtes habillée, plus vous êtes opprimée. Ce n'est que dans ce contexte que le fait de se dénuder peut être considéré comme un processus émancipateur. Or ce genre de logique lie la libération des femmes à leur corps et à la façon dont elles s'habillent, ce qui est extrêmement problématique. Qui décide que tel ou tel vêtement féminin est oppressif ou non ?

Tout aussi problématique est l'idée selon laquelle toutes les femmes qui portent le voile ou la burqa sont opprimées et doivent être libérées. Ces convictions trahissent une certaine conception eurocentriste du monde qui ne peut être généralisée au niveau universel.

Mon point de vue en tant que féministe est que les femmes doivent avoir le choix. Ce choix dépend essentiellement de l'environnement socioculturel, économique et politique dans lequel elles vivent, et ne peut en aucun cas être dicté de l'extérieur. Les récentes interventions des Femen en Tunisie montrent à quel point elles sont déconnectées de la réalité des contextes proche-oriental et nord-africain. Au lieu de favoriser la prise de conscience des problèmes de genre, elles suscitent l'hostilité d'une société qui ne les voit que comme des étrangères cherchant à imposer leur conception des femmes, dans le droit-fil du processus colonial d'autrefois.

Le Proche-Orient et l'Afrique du Nord ont vu naître un large éventail de mouvements, de projets et d'actions féministes ou consacrés aux questions de genre. Si l'objectif des Femen est d'agir en solidarité avec les femmes du monde entier, alors elles devraient commencer par prendre contact avec ces groupes autochtones et leur demander de quelle façon elles peuvent apporter leur aide. Les politiques de solidarité dans un monde postcolonial marqué par le déséquilibre des pouvoirs sont des processus difficiles, mais elles ne conduiront nulle part si des groupes comme les Femen continuent à vouloir imposer leur point de vue et à affirmer que "leur" féminisme est le "bon" féminisme.

Les femmes noires se battent depuis longtemps pour faire admettre que le féminisme ne peut les aider que s'il se diversifie et ne s'inspire pas uniquement de l'expérience des femmes blanches euro-américaines hétérosexuelles de la classe moyenne. Il est regrettable que la couverture médiatique dont bénéficient les Femen contrecarre les avancées réalisées en ce domaine.

En outre, le climat mondial actuel dans lequel les musulmans sont déjà considérés comme posant problème aggrave considérablement la situation. Toutefois, les critiques qui ont été formulées contre les Femen constituent un signe positif, d'autant qu'elles ont été formulées aussi bien par des féministes euro-américaines que par des féministes des pays du Sud.

Le point central de beaucoup de ces critiques est que les féministes doivent veiller à ne pas tracer de nouvelles lignes d'exclusion. Elles doivent aussi accepter le fait que le féminisme ne l'emportera que s'il accueille une pluralité de voix.

Traduit de l'anglais par Gilles Berton

[ Sara Salem (Doctorante à l'Institut des sciences sociales des Pays-Bas), publié le 11 juin 2013 sur lemonde.fr ]

Sara Salem va vite en besogne et a la mémoire très sélective. Le vocabulaire utilisé est ahurisant : réussir à parler de race tout en indiquant que les Femens ne sont que des avatars du colonialisme, c'est une assez belle performance.

Je suis vraiment désolé pour Sara Salem : oui les droits humains sont universels. Ces droits ne sont pas solubles dans les dictatures, ne sont pas différents selon les pays, les croyances, le sexe ou que sais-je. Et pourquoi pas la couleur des yeux, la taille des pieds ou les allergies aux fraises. C'est juste incroyable.

Sara Salem se trompe sur toute la ligne. Complètement. Non les Femen ne ciblent pas que les musulmans (mensonge par omission, c'est pas bien Sara). Nous les avons vu se faire agresser par les fachos lors des immondes manifestations pour tous, nous les avons vu à Notre Dame parodiant le suicide d'un autre facho etc. Ce qui prouve l'universalité de leur combat, non ? Elles tapent là où ça fait mal.

Je trouve ahurissantes les réactions que les Femen provoquent, juste en montrant leur poitrine.

Ces femmes se battent pour le droit, pour la liberté, contre l'aliénation, contre l'arbitraire. Elles se mettent en danger, on les met en prison, on les bat, on leur demande de se taire. Pourquoi ? Pour deux seins montrés ?

Incroyable. Ces personnes qui se battent pour leurs idéaux doivent être défendues et non pas être poignardée dans le dos. Surtout le jour où on apprend la condamnation de trois militantes des Femen en Tunisie . Nous avons toujours, toujours, besoin des militants. Les idées doivent être défendues. Les droits doivent revendiqués. Les droits de l'Homme, les droits des femmes, la liberté et notamment la liberté d'expression n'ont pas besoin de coups bas comme ceux-là.

Sara Salem, je n'ai qu'une chose à vous dire. Votre lâcheté est au moins aussi importante que le courage de ces femmes. Et c'est peu de le dire.

Héros des démocraties, martyrs des gouvernements

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Espionnage par le gouvernement américain : Edward Snowden, ce héros

Depuis quelques semaines, il vit reclus dans une chambre d’hôtel à Hong Kong. Il a placé des coussins contre la porte de sa chambre pour déjouer toute tentative d’écoute. Quand il se connecte sur son PC, il compose son mot de passe avec une couverture sur la tête, au cas où une caméra le filmerait du plafond.

Il est totalement parano, mais il a des raisons. Edward Snowden, qui vient de confier au Washington Post et au Guardian sa véritable identité, est l’auteur du dévoilement du système Prism, par lequel le gouvernement américain accède aux serveurs des « géants de l’Internet », pour espionner potentiellement tous les utilisateurs de Google, Facebook et autres, ce qui fait au total bien du monde.

Dans quelles conditions précises se déroule cet accès ? Est-ce que les « géants » ont donné une totale carte blanche aux espions, est-ce que les boss étaient au courant ? Autant de points qui devront encore être précisés.

Il est possible que le Washington Post, dans ses habillages, dans ses manchettes, ait un peu forcé la dose, pas forcément mécontent de cogner sur les « géants » qui, pelletée après pelletée, clic après clic, enterrent le journalisme traditionnel. C’est possible. Mais cela ne concerne pas Edward Snowden, 29 ans, qui vient de conquérir sa place dans l’Olympe des « whistleblowers », aux côtés de Julian Assange ou de Bradley Manning.

Naïf et idéaliste

Sa brève autobiographie livrée au Guardian (lecture impérative) est celle, désespérément ordinaire et extraordinaire, d’un jeune Américain idéaliste, qui a eu le tort de croire aux histoires qu’on lui racontait. Il s’engage dans l’armée pour contribuer à libérer le peuple irakien de la dictature de Saddam Hussein. Peu à peu, il découvre les coulisses du renseignement américain.

Ce qui fait la force de son récit, c’est que sa naïveté, son idéalisme, y apparaissent sans fards. En poste à Genève, il voit par exemple la CIA compromettre un banquier suisse, en l’amenant à conduire en état d’ivresse, pour mieux le tenir ensuite, et récolter des renseignements bancaires. Le procédé est vieux comme le renseignement : il s’en dit pourtant choqué.
Il croit qu’Obama va mettre fin aux sales pratiques. Mais Obama ne fait rien. Alors il fait le grand saut, et balance sa pleine pelletée de documents au Washington Post. Après avoir sollicité des fonctionnaires américains, le journal décide prudemment de n’en publier qu’un dixième.

Il a fait ce qu’il pensait devoir faire

C'est dans ces circonstances, comprend-on, que Snowden balance les mêmes documents au Guardian, sans doute présumé plus indépendant du gouvernement US. Il sait les risques qu’il prend. Il sait qu’il risque l’exil à vie à Hong Kong, dans une chambre d’hôtel ni plus ni moins confortable qu’une chambre de l’ambassade d’Equateur à Londres, et finalement à peine plus qu’une cellule de prison militaire américaine.

Ou bien l’extradition aux USA. Ou bien des tentatives de récupération par le gouvernement chinois. Il le sait, et il reste debout. Il ne cherche ni la gloire ni l’argent. Il a fait ce qu’il pensait devoir faire, parce qu’il n’est pas vertueux d’espionner les citoyens.

Il est possible que l’on découvre demain que cette histoire est trop belle. Il est probable que la CIA va tout faire pour souiller cette légende toute neuve, et peut-être auront-ils des éléments pour le faire. En attendant, devant cette histoire telle qu’elle est racontée aujourd’hui, devant ce héros qui nous tombe dessus au réveil, on ne peut dire qu’un mot : chapeau.

[ Espionnage par le gouvernement américain : Edward Snowden, ce héros publié le 10 juin 2013 sur rue89.com par Daniel Schneidermann ]

On ne peut avoir que de l'admiration pour ceux qui luttent pour les idéaux de la démocratie. Ces personnes (Julian Assange, Bradley Manning, Edward Snowden ou encore Aaron Swartz) ont pris la décision de lutter pour leurs idées, de lutter pour la transparence, de lutter pour leurs concitoyens. Il sont devenus pour qui des parias, pour tous des cibles pour les gouvernements de leurs pays.

Martyr : Personne à qui on a infligé des supplices et/ou la mort pour une cause, un idéal.
[ Définition du CNRTL ]

Le mot martyr s'applique complètement à mes yeux. À quand l'ouverture d'un mémorial virtuel pour les combattants des libertés ?
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